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Parcours péri

Mon parcours en périnatalité

Premières années : implications en maison de naissance et en milieu communautaire et formations en périnatalité

Il y a 16 ans, en 1996, étant alors âgée de 21 ans et mère depuis peu d’une petite fille, Arsinée, débutait mon parcours dans le milieu communautaire et politique en périnatalité. Ma toute première expérience a été de participer à l’instauration du comité des usagères du Centre de maternité de l’Estrie où je me suis impliquée pendant plusieurs années en organisant des activités ponctuelles (rencontres thématiques avec différentes personnes-ressources, fêtes et événements divers) et tant que responsable des comités «ateliers» et «politique» et aussi comme membre du comité de rédaction du journal L’Ombilic (dont j’avais proposé le nom, d’ailleurs!). En 1997, j’ai donné naissance à ma deuxième enfant, Aulne, née elle aussi au CME. Vers 1998, un sous-groupe du comité des usagères a mis en oeuvre une « autoformation » en accompagnement à la naissance à laquelle je me suis jointe : tour à tour, chacune d’entre nous préparait un volet du corpus d’études que nous avions établi ensemble en nous inspirant de formations déjà existantes ailleurs (Montréal, Québec), pour ensuite enseigner ce volet au groupe entier. Nous nous formions ainsi les unes les autres à l’accompagnement. Nous invitions également des personnes-ressources et sages-femmes à nous enseigner les volets plus pointus (ex. : le toucher vaginal, l’herboristerie appropriée à la grossesse). Ce groupe allait fonder par la suite l’organisme les Accompagnantes de l’Estrie, dont j’ai été membre « non pratiquante » pendant plusieurs années (parce que mère monoparentale de 2 jeunes enfants et étudiante à temps plein…). J’ai aussi à cette époque intégré le conseil d’administration de Naissance Renaissance Estrie (NRE) où j’ai fait mes classes du communautaire de 1996 à 2000. Cette période a vu passer l’organisme de groupuscule de relevailles à Centre de ressources périnatales doté d’une équipe de travail salariée, sous l’impulsion déterminante de Lucie Thibodeau à la présidence (aujourd’hui présidente de l’Association pour la santé publique du Québec) et Anne-Marie Poirier à la coordination. J’y ai occupé à peu près tous les postes d’officières (vice-présidente, secrétaire et trésorière) et ai participé à plusieurs comités et événements spéciaux. Je me suis également jointe au Regroupement québécois des étudiantes sages-femmes et des sages-femmes reconnues dans leur communauté avec lequel j’ai suivi un bon nombre de formations de 1996 à 1999 et ai complété 2 des 3 cours du Programme court en périnatalité de l’UQTR. J’ai aussi suivi 2 formations sur l’Approche posturo-respiratoire (APOR) pour l’obstétrique avec Bernadette de Gasquet à Québec en 1998 et à Granby en 1999.

Action politique: humanisation de la naissance, droits des femmes et légalisation de la pratique sage-femme

Fin des années 90, j’ai joint le Groupe MAMAN, groupe au sein duquel j’ai été le plus active jusqu’ici dans ma « carrière » de militante en périnatalité. Membre du C.A. (vice-présidente et secrétaire) de 1998 à 2005, souvent porte-parole et membre active jusqu’en 2009, j’ai collaboré étroitement à plusieurs éditions du MAMANzine, mené à terme le projet de recueil de témoignages Au cœur de la naissance: témoignages et réflexions sur l’accouchement, ai créé (avec Manon Niquette de l’Université Laval) la MAMANliste en 1999, que j’ai administré et animé jusqu’en 2011 (environ 200 membres). Avec le Groupe MAMAN ou le NRE, ainsi qu’en mon nom personnel (lettres aux décideurs), j’ai beaucoup milité pour la légalisation de la pratique sage-femme au Québec, l’attribution à l’UQTR du programme de baccalauréat en pratique sage-femme (pour l’orientation fondamentalement communautaire de son curriculum et l’apprentissage par tutorat en stage qu’elle privilégiait) et la création d’un ordre professionnel sage-femme indépendant. J’ai aussi joint le Comité jeunes de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) avec pour but de sensibiliser les jeunes féministes aux enjeux de l’humanisation de la naissance et discuter conciliation travail-études-famille. À cette époque, j’ai également participé aux séances de consultation de l’UQTR des groupes péri au Québec. Plus tard, peu après la création de l’Ordre des sages-femmes, j’ai pris part au groupe de travail sur l’éthique et la philosophie sage-femme (compte rendu des travaux dans ce chapitre). Lorsque le programme sage-femme a enfin été créé à l’UQTR, j’ai été nommée par le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) (organisme féminisme provincial d’action communautaire autonome chapeautant depuis 1980 plus d’une quarantaine d’associations québécoises vouées à l’humanisation de la naissance et à la reconnaissance des droits et de l’engagement des femmes dans la période périnatale) au poste de représentante du public (usagères) du Comité de programme du baccalauréat en pratique sage-femme durant la période d’implantation (1999-2003).

Prendre part à un mouvement international – liens avec l’Europe francophone

Alors que naissait la vague des listes de discussion et forums sur internet, j’ai participé fort activement à la défunte mais célèbre Liste Naissance (qui impulsa grandement le mouvement citoyen dans le monde francophone) par le biais de laquelle j’ai connu un bon nombre de militants-es de l’humanisation de la naissance, des droits des usagers-ères des services périnatals ainsi que des sages-femmes en Europe, et j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs de ces personnes au cours de mes voyages (2001, 2002) et de mon stage d’études en France (2003). Les échanges nourris sur la Liste Naissance ont abouti rapidement à la production de documents d’informations, de synthèse, recensement de liens et de ressources et cette somme d’information allait donner lieu en 2000 – je cite l’article de Bernard Bel – à «la création d’un portail Internet consacré aux approches « citoyennes » de la naissance. Depuis sa création, le Portail Naissance.ws est devenu la référence pour les ressources en langue française au sujet de la naissance « libre, informée et responsable ».»

En France, j’ai participé avec des membres de la Liste Naissance à divers événements: débat sur les maisons de naissance (2001), coanimation du kiosque du Portail Naissance à l’Écofestival de Toucy (2002) et participé à l’événement « Il était une fois la naissance » organisé par l’association Résonnances à Dijon (2003). Des participants-es actifs-ves de la Liste Naissance allaient aussi fonder en 2003 l’Alliance francophone pour l’accouchement respecté (AFAR) (dont je suis membre depuis les débuts – et qui a eue brièvement une « section Québec »), laquelle lança en 2004 la Semaine mondiale de l’accouchement respecté (SMAR), une initiative qui a essaimé et met à l’avant-scène chaque année un thème de réflexion particulier (épisiotomie [un article que j’ai rédigé pour l’occasion], positions d’accouchement, trauma ou plaisir, le temps pour la naissance, etc.) C’est aussi des rangs de la Liste Naissance que naîtra la profession de « consultante en périnatalité » (Sophie Gamelin-Lavois, aussi fondatrice de l’AFAR et de la Lettre périnatalité, et auteure).

Stage d’études en France

En 2003, enceinte de mon troisième enfant, Vladimir, ayant obtenu avant l’annonce de cette grossesse deux bourses pour un stage d’études et de recherche à l’étranger, j’ai déménagé pour trois mois en France avec toute ma petite famille, mes valises et ma bedaine. Durant ce stage, j’ai participé aux activités du programme de DEA « Sexualités, procréation, périnatalité, parentalité » à l’Université Paris VII, du Centre de recherches des cliniques psychanalytique, sociale et culturelle (Paris XIII), du Centre d’études en psychopathologie et psychanalyse (Paris VII), de la Société d’histoire de la Naissance (dont je suis membre), du groupe de travail « Regards sur l’enfant » des Séminaires psychanalytiques de Paris et des 13es Rencontres nationales de périnatalité de Béziers.

Le choix d’une naissance autonome

Enceinte de mon 3e enfant, je choisis de vivre l’expérience dont je rêve depuis ma plus tendre enfance, celle d’une grossesse et d’un accouchement non assisté, c’est-à-dire sans aucun suivi médical ou professionnel, ni présence d’un-e professionnel-le lors de la naissance. Vladimir naît le 10 septembre 2003 dans l’intimité de son foyer et dans la plus grande simplicité. Cette expérience, ainsi que mes deux autres enfantements, est relatée en détail dans le recueil Au coeur de la naissance. Le papa de Vladimir y livre aussi son témoignage. Une semaine après la naissance, Denis Lord et moi étions interviewés par la journaliste Jessica Brando dans le cadre d’une série de reportages de CBC-radio sur le thème «Home», entrevue qui fut diffusée durant l’émission Homerun (Anne Lagacé Dawson). J’ai aussi été l’une des répondantes pour la recherche doctorale de Rixa Freeze portant sur l’accouchement non assisté en Amérique du Nord et auteure de l’excellent blogue Stand and Deliver. La thèse de Freeze est incontournable pour comprendre les motivations, tenants et aboutissants d’un tel choix.

Volet académique et activités de recherche

En 2000, j’ai choisi de passer de la maîtrise en Études littéraires au doctorat long en sémiologie à l’UQAM, un champ d’études plus compatible avec mon nouvel objet de recherche d’élection : les « modes de construction et de production des savoirs sur la naissance ». Parallèlement, j’ai rallié les rangs du Comité national d’orientation et de mobilisation en périnatalité de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), à titre de chercheuse (2000 à 2005). Comme membre de ce comité, j’ai aussi siégé au comité scientifique du Colloque international « Obstétrique et santé publique : élargir les perspectives sur les réalités de la naissance » tenu dans le cadre des Journées annuelles de santé publique (JASP) en 2004 (les actes de la conférence en document pdf ici).

Au printemps 2008, j’ai été personnellement recrutée pour un projet de recherche exploratoire intitulé L’accouchement en établissement est-il susceptible de donner lieu à de la maltraitance, de la négligence ou de la violence? mené sous l’égide du Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRIVIFF) dans le cadre d’une Alliance de recherche universités-communautés (ARUC) sur le thème « Femmes, violences et contextes de vulnérabilité », en partenariat avec le Regroupement Naissance-Renaissance. Ce projet réunit une équipe de chercheuses composée de Lourdes Rodriguez del Barrio professeure agrégée, École de service social, Université de Montréal (chercheuse principale), Hélène Vadeboncoeur, docteure en sciences humaines appliquées, chercheuse indépendante en périnatalité et auteure de livres de référence sur l’AVAC (accouchement vaginal après césarienne) dans le monde, Lorraine Fontaine, coordonnatrice des dossiers politiques au RNR, Myriam Hivon, docteure en anthropologie, chercheuse à l’Institut de recherche en santé publique, Université de Montréal, et moi-même à titre d’assistante de recherche et doctorante spécialisée dans le domaine de la périnatalité. Les résultats de cette recherche exploratoire ont depuis été présentés dans plusieurs colloques nationaux et internationaux à Montréal, San Diego (conférence annuelle de la Coalition for Improving Maternity Services – CIMS, promotrice du l’initiative internationale Dix conditions pour des soins optimaux de maternité), Toronto, Vancouver, Québec (colloque international Enfanter le monde), et lors de demi-journées de réflexion destinées aux chercheuses, aux intervenants-es de périnatalité, aux groupes communautaires ou encore au public. De plus, un article destiné à la revue scientifique Birth est actuellement en rédaction. Cette équipe de recherche est toujours en activité. Fait à souligner, les travaux de l’équipe ont été mis à profit au cours de l’élaboration de la Charte universelle des droits de la femme qui enfante pour les soins en maternité respectueux (The Respectful Maternity Care Charter: The Universal Rights of Childbearing Women) de la White Ribbon Alliance for Safe Motherhood, une autre initiative internationale à laquelle ont étroitement collaboré Lorraine Fontaine et Hélène Vadeboncoeur. La diffusion récente de cette charte constitue un moment charnière de la défense des droits particuliers de la femme durant la période périnatale et l’accouchement, et ce pour toutes les femmes du monde.

Activités récentes: dossiers politiques, conférences, recherches

En 2010, j’ai occupé le poste de chargée de projet au Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) pour l’organisation de la toute première Rencontre nationale des accompagnantes à la naissance (RNAN), qui a rassemblé plus de 120 personnes à Saint-Casimir (Portneuf) le 16 juin 2010.

Depuis juin 2011, je participe aux travaux du Comité naissance civile (CNC) créé dans la foulée des démêlés sérieux et nombreux de citoyennes avec la Direction de l’État civil du Québec pour l’inscription au registre de l’État civil d’enfants nés-es hors du réseau officiel des maisons de naissance et hôpitaux, situation qui s’est même étendue aux accouchements inopinés. Observés depuis le début des années 2000 et culminant avec la publication d’une nouvelle directive du DEC le 4 avril 2011 (pdf), ces démêlés prennent la forme de formalités administratives et médicales de plus en plus envahissantes et abusives, contraires aux principes du Code civil du Québec, de l’égalité des sexes et des droits de l’enfant à la citoyenneté (une réaction de ma part ici). Ce comité est composé de membres du Groupe MAMAN, du RNR, de Naître chez Nous, de femmes préoccupées ou touchées par la situation ainsi que d’étudiants-es en droit travaillant sur le dossier. Nos actions ont donné lieu dans un premier temps à une révision assouplie, en sept. 2011 (pdf), de la directive du 4 avril par le nouveau directeur de l’État civil en poste, bien que du chemin reste à faire.

Outre ma participation aux conférences et journées de réflexion organisées avec l’équipe de recherche du CRI-VIFF, j’ai donné à quelques reprises une conférence sur une «approche écologique de la naissance» dans le cadre des foires environnementales du Projet Écosphère. Je suis de plus en plus sollicitée à titre de consultante, pour intervenir sur un panel, une table de concertation, offrir un avis sur une question particulière ou donner une présentation. Notamment :

  • 2012. Conférencière invitée, assemblée générale annuelle du RNR: « Déconstruire l’accouchement… pour retrouver l’enfantement. Enjeux de la périnatalité au Québec selon une perspective globale et féministe ».
  • 2012. Rencontre-midi, Institut de recherche en études féministes (IREF). « La profession sage-femme et ses enjeux actuels ». Montréal, UQAM. (Compte-rendu d’une étudiante en pdf ici.)
  • 2011. Consultée par le baccalauréat en pratique sage-femme à titre d’experte en périnatalité en lien avec la rédaction d’une fiche sur le soulagement non pharmacologique de la douleur pour le Tronc commun provincial d’information prénatale (TCPIP), mandat du MSSS.
  • 2011. Représentante du RNR pour la présentation des enjeux liés à la périnatalité lors d’une consultation de la FFQ sur les avancées et reculs des droits des femmes depuis 2006 en lien avec une démarche de la Ligue des droits et libertés visant à soumettre à l’ONU un rapport sur la situation des droits de la personne au Québec.
  • 2010. Panéliste lors de l’événement public « Accouchement traumatique : en quête de vérité » organisé dans le cadre de la Semaine mondiale de l’accouchement respecté (SMAR). Montréal, Maison Parent-Roback. Avec un avocat du Cabinet Ménard, Martin, un poursuivant dans une cause en responsabilité médicale et Claudine Jouny, professeure en soins infirmiers et présidente du RNR.
  • 2006. Mont-Laurier, Centre de ressources périnatales La MèreVeille. Panéliste invitée avec deux médecins lors d’une soirée thématique «Césarienne, AVAC et droits des femmes ».

Hyperactive sur le « Web périnatalité » depuis plus de 10 ans et dévorant quotidiennement des tonnes de publications sur le sujet (articles scientifiques et de la presse, comptes-rendus de recherche, opinions, blogues, témoignages), j’ai été étroitement témoin de l’évolution récente et rapide des mouvements citoyens autour de la naissance. J’ai une connaissance étendue des pratiques, des controverses et des grands enjeux du monde de la périnatalité: questions de santé publique et d’éthique du soin, confrontation des connaissances, evidence-based medicine et droits des femmes. C’est dans ce contexte que s’inscrit la thèse de doctorat que j’achève actuellement. Celle-ci représente l’aboutissement concret (espéré d’ici la fin de cette année 2012) de ces 16 années d’implication, d’intervention et de recherche en périnatalité.

Stéphanie St-Amant, le 13 juillet 2012

 

***Une mise à jour de cette page suivra sous peu, intégrant la période – fort importante! – de 2012 à aujourd’hui.***

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